De Punta Arenas à Puerto Williams par le Canal de Beagle

Punta Arenas à Puerto Williams, Chili // du 24 au 29 mars 2016
En Patagonie, un très grand nombre de voyageurs rêvent de randonnée, notamment de faire le fameux W du Torres del Paine au sud du Chili. Moi je rêvais de grands espaces, de magnifiques paysages mais aussi de naviguer dans les canaux et les fjords, et d’y observer les glaciers. J’ai donc décidé de ne pas faire le fameux W, mais de faire une croisière en ferry entre Punta Arenas et Puerto Williams.

Je n’ai pas fait le W du Torres del Paine…

Nombreux sont ceux qui m’ont dit et qui continueront à me dire que c’est dommage de se rendre aussi près et de ne pas faire le W, un des trekkings les plus réputés du continent. Je n’ai pas de regrets, chacun son voyage. J’ai décidé de ne pas faire ce trekking car j’avais déjà bien randonné à El Chalten. Et qlà-bas on peut faire des randonnées à la journée, ce qui me convient parfaitement : un petit sac léger pour la journée et rentrer dormir dans un lit bien au chaud le soir. Au Torres del Paine, le principe du W c’est de partir avec la tente, tout le matériel nécessaire et la nourriture pour les 4 jours de trek. Personnellement je ne me sentais pas capable de ça. Et s’il est possible de dormir et de manger dans les refuges, les prix sont vraiment élevés, adaptés aux voyageurs en vacances pour 2 semaines, mais pas à mon budget.

…mais j’ai fait une fantastique croisière sur le Canal de Beagle !

Puerto Williams est réellement la ville la plus australe au monde, même si Ushuaia continue de s’en prévaloir, l’Argentine s’est fait voler le titre il y a quelques dizaines d’années quand les Chiliens ont décidé d’installer une base militaire encore plus au sud. Pour m’y rendre, j’ai donc rejoins d’abord Punta Arenas depuis El Calafate en empruntant la Ruta del fin del mundo, la Route de la fin du monde, la classe !

Le ferry qui dessert Puerto Williams une fois par semaine depuis Punta Arenas transporte les marchandises, quelques locaux qui n’ont pas opté pour l’avion, des militaires qui s’arrêtent juste avant Ushuaia au milieu de nulle part, pour construire une route, et quelques touristes bien informés (merci le Lonely Planet !). Ce n’est donc pas un bateau pour touristes, on ne mange pas très bien, le confort est sommaire (pas de cabines mais des sièges inclinables comme dans un bus), mais le trajet est fantastique !!!

La croisière dure une trentaine d’heure, on commence le voyage de nuit, pour se réveiller au milieu du Canal de Beagle sous un ciel bleu, face à des paysages magnifiques. Mais ce qu’on attendait tous, c’était l’après-midi, lorsque le bateau arrive devant les énormes glaciers qui se jettent directement dans le fameux canal : c’est pour ce moment que j’avais choisi de faire cette croisière, et il n’y rien à dire, c’était exceptionnel ! Le capitaine a pris tout son temps, arrêté le bateau pour qu’on puisse faire nos photos, et a même pris le micro pour nous faire la visite guidée, en nous donnant le nom des glaciers les uns après les autres.

L’arrivée se fait vers minuit à Puerto williams mais il est possible de rester à bord pour finir la nuit, ce que font, bien sûr, tous les backpackers. Le lendemain matin, après avoir admiré un lever de soleil comme j’en avais rarement vu, on est partis à 8 vers la même auberge qu’on a ensuite occupé seuls pendant 4 jours. C’était super, on avait vraiment l’impression d’être chez nous : une grande cuisine, une grande table commune, et une super ambiance.

Pendant mon trajet sur le ferry, fidèle à mes habitudes, accompagnée de Maria, j’avais été, faire un petit tour dans la cabine du capitaine pour glaner des infos sur le Cap Horn. On se demandait s’il était possible de « charteriser » un bateau moteur pour faire un aller-retour là-bas. Le capitaine, après nous avoir d’abord recommandé de revenir sur son bateau pour nous rendre à Puerto Toro le lendemain, nous a dit que c’est probablement possible en se renseignant chez les militaires ou au port de plaisance. On a donc été fait un tour chez les militaires qui nous ont expliqué que ce n’était plus possible, et qu’au port il n’y avait que des voiliers qui embarquent des plaisanciers pour au moins une semaine et à des prix très élevés. On a quand même tenté notre chance au port, sans succès. On a donc fini par admettre qu’on ne verrait pas le Cap Horn. Il nous restait encore le village encore plus austral que le village le plus austral…

Puis j’ai trouvé un embarquement pour l’Uruguay

Mais en voyant les voiliers et la météo, j’ai une eu soudaine envie de naviguer. Je fais de la voile depuis « toujours », j’adore ça, et je n’avais pas eu l’occasion d’en faire depuis le début de mon voyage. Je suis donc retournée au port, et ai retrouvé mon ancienne habitude de trainer sur les pontons à la recherche d’un bateau et d’un capitaine qui m’embarquerait pour une sortie à la journée. J’ai d’abord rencontré Jacky, un français propriétaire d’un voilier et installé sur place depuis 3 ans. Il revenait juste de 2 mois en Antarctique, respect. Il m’a gentiment expliqué que ça non plus, je ne trouverai pas. Dans le port se trouvent uniquement des professionnels qui attendent leurs clients, ou des navigateurs au long cours qui ne font pas de sortie à la journée. Je commençais donc à me résigner quand Jean-Luc, un autre français, est arrivé et m’a expliqué qu’il ne me ferait pas faire des ronds dans l’eau, mais qu’il partait en Uruguay dès qu’un bonne fenêtre météo se présenterait, et qu’il y avait une place pour moi sur son bateau si je le souhaitais. Cécile, une des backpackeuse de mon auberge s’est alors jointe à notre conversation car elle était aussi intéressée.
Dans ma tête tout se bousculait : j’avais déjà acheté mon vol Ushuaia / Buenos Aires, mais surtout j’avais rendez-vous avec une amie brésilienne qui devait me rejoindre à Buenos Aires. Et d’un autre côté, une occasion comme celle-ci ne se refuse pas. D’autant que j’aurais voulu terminer mon voyage par une transatlantique, mais que ça ne sera pas la bonne saison. On a donc pris rendez-vous dans l’après-midi pour boire une bière, faire connaissance et se décider.
En rentrant à l’auberge j’ai échangé quelques messages avec mon amie qui n’avait pas encore acheté son billet d’avion, j’étais libre. Et tant pis pour mon vol… On partira, Jean-Luc, Cécile et moi, dès que le temps le permettra, sur son bateau, Manara.

 
 

Puerto Toro, le village plus au sud que la ville la plus australe

Il nous restait donc quelques jours pour profiter de ce bout du monde. Le dimanche, on a suivi les conseils du capitaine du ferry. Son bateau descend une fois par mois (seulement) jusqu’à Puerto Toro, petit village encore plus au sud que Puerto Williams, qui compte une cinquantaine d’habitants, des militaires, des pêcheurs et un instituteur. La traversée dure environ 2 heures que l’on a passées pour l’essentiel sur le pont à observer les manchots et les souffles de baleine au loin. On a même pu admirer un orque qui a décidé de sauter à 10 mètres de l’étrave du bateau juste devant Puerto Toro, c’était vraiment impressionnant.

Sur place, une fois la photo devant le panneau prouvant qu’on était dans le village le plus austral au monde prise, il n’y plus grand chose à faire. Le tour des maisons est vite fait, et on ne dispose que d’1h15, le temps de débarquer le matériel et les marchandises. N’ayant pas le temps de faire une randonnée, on s’est dirigées, avec Maria, vers le quai pour observer les pêcheurs revenant de leur sortie en mer. Ils étaient manifestement contents d’avoir de la compagnie, et Maria qui est espagnole discutait avec eux pendant que je souriais ☺. Les pêcheurs nous ont alors offert des pattes de centollos. Ce sont des crabes endémiques, un produit rare dont la pêche est très encadrée. Mais eux le cuisinent à bord pour leur déjeuner et ils en avaient manifestement préparé un peu trop ! C’est un met vraiment exceptionnel, d’une très grande finesse, rien à voir avec nos tourteaux ou araignées. Super apéro ! Déguster des centollos sur le ponton de Puerto Toro, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de voyageurs qui aient eu l’occasion de faire ça !!!!

Et pour finir, un peu de repos avant d’embarquer en voilier

De retour à Puerto Williams, j’ai profité de mes 2 jours restants pour ne rien faire. Ca fait du bien de temps en temps dans un voyage au long cours et ça fait longtemps que je ne l’avais pas fait. J’ai profité du petit village et de son ambiance paisible. Puerto Williams est un petit port qui compte environ 2 500 âmes, dont 2 000 militaires. Mais du coup c’est une ville jeune, pleine d’enfants qui courent dans les rues, et on croise toujours les mêmes personnes, le patron de l’auberge qui est aussi le patron du supermarché, le capitaine du port… J’ai essayé de me mettre à jour (un peu) sur mon blog, j’ai monté ma vidéo sous-marine de Sipadan, rédigé mes articles, mais pas facile de mettre tout ça en ligne : il n’y avait pas de wifi à l’auberge, il fallait aller s’asseoir sur le trottoir devant le supermarché… on est au bout du monde ici !!!

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