L’hiver en van en Norvège : des Lofoten à Tromsø à la recherche des aurores boréales

Après avoir exploré le centre et le sud de la Norvège dans mon Kangoo, je poursuis mon voyage vers le nord, direction l’archipel des Lofoten que je rêvais de voir sous la neige après l’avoir exploré à vélo à l’été 2023. 

Cette fois, le voyage se fait au rythme de l’hiver arctique : des journées courtes, des routes enneigées, beaucoup de temps passé à attendre que la météo se calme ou que le ciel se découvre progressivement. 

L’objectif de ce voyage est aussi d’observer pour la première fois des aurores boréales, un phénomène aussi fascinant qu’imprévisible, qui impose de composer avec la patience, le froid et une part de chance.

La route de l’Arctique et ma première observation d’aurore boréale 

Avant d’atteindre les Lofoten et d’avoir la chance de vivre mes premières observations, j’ai roulé de longues heures sur la route de l’Arctique, un itinéraire absolument incroyable qui traverse le parc du Saltfjellet.

Les températures restaient basses toute la journée, autour de –10 °C. C’est un endroit totalement désertique : il n’y a aucune maison, juste une route qui serpente au milieu de vastes massifs enneigés. Tout est blanc, il n’y a quasiment aucun arbre. J’en ai profité pour faire quelques pauses, avec parfois l’impression d’être seule au monde.

Passage du cercle polaire arctique, seule au monde

Les paysages étaient magnifiques, mais en regardant mes photos, je me suis aussi rendu compte que j’évoluais dans un environnement devenu presque monochrome.

C’est alors qu’un soir, pour la première fois, l’application que j’avais téléchargée sur mon smartphone m’annonçait un pourcentage de chance de voir une aurore boréale qui semblait prometteur. J’ai donc décidé de m’installer dans une zone isolée et peu lumineuse, et de regarder le ciel, en direction du nord. Il faisait -8°C dehors. J’étais bien couverte mais, sans bouger, j’ai rapidement eu les pieds gelés malgré mes grosses chaussettes. J’ai réussi à observer le ciel moins d’une demi-heure avant d’aller me mettre au chaud dans mon duvet. Je me rassurais en me disant qu’il me restait suffisamment de temps dans la région pour avoir d’autres chances d’en observer.

Deux jours plus tard, continuant tranquillement mon itinéraire vers le nord, mon application m’indique que j’ai de nouveau une chance d’observer une aurore. Cette fois-ci j’ai orienté ma voiture vers le nord et je me suis installée confortablement sur le siège conducteur, dans le noir, avec ma liseuse.

Ma première aurore boréale, au bord d’un fjord

Bien calée dans mon fauteuil, au chaud, je commence ma lecture, et toutes les deux ou trois pages, je jette un œil dehors, sans grand espoir. C’est alors qu’au bout de moins d’une heure, je vois quelque chose dans le ciel, une sorte de lumière blanche un peu étonnante. J’enfile ma veste et je sors de la voiture pour essayer de capturer quelques images. C’est effectivement ma première aurore boréale ! Ce n’est pas une grosse aurore, il n’est pas évident de la distinguer à l’œil nu car elle apparaît blanche. Mais au travers du capteur de l’appareil photo elle devient verte et se distingue beaucoup plus facilement dans le ciel. J’ai du mal à obtenir des photos ou des vidéos correctes. Je n’ai qu’un smartphone et je ne sais pas comment le régler, mais c’est quand même une belle expérience. Et surtout, je suis bien contente d’avoir pu attendre presque au chaud dans ma voiture, ça rend l’expérience moins difficile !

Les Îles Lofoten sous la neige 

La route m’a ensuite menée progressivement vers les îles Lofoten. Je me réveille de plus en plus souvent sous la neige et ça me réjouit car c’est ce que je suis venue chercher : les Lofoten sous la neige et pas seulement l’expérience de dormir dans un van avec deux duvets et un bonnet ! 

Petit port de pêched’Henningsvaer, typique des Lofoten

La première fois que je me suis réveillée entourée de deux camping-cars, c’était signe que j’étais aux Lofoten ! En effet, jusqu’à présent je n’ai vu que très peu de touristes au regard de la saison, ce qui est agréable mais a ses contreparties : des sites et des routes fermées. Mais les Lofoten attirent les touristes toute l’année : l’été pour ses paysages grandioses et son soleil de minuit, et l’hiver pour ses paysages tout aussi grandioses et ses aurores boréales. Nombreux sont ceux qui combinent un séjour à Tromsø pour voir des aurores et une sortie en chien de traîneau, avec une escapade pour découvrir les îles Lofoten. Ceci dit, il faut raison garder : il n’y a pas des attroupements de camping-cars comme j’ai pu en voir sur certains spots au bord de l’eau l’été.

J’ai trouvé l’archipel en hiver, aussi beau qu’en été. La lumière est basse mais les couleurs chatoyantes des maisons jaunes et rouges ou des bateaux de pêcheurs permettent de mettre un peu de gaieté et de chaleur dans les paysages enneigés. J’ai parcouru en grande partie les mêmes routes que celles découvertes à vélo un an et demi auparavant. C’est amusant de savoir ce qu’on va trouver après le virage tout en le découvrant sous un angle totalement différent puisque sous la neige.

Port de Moskenes sous la neige

L’hiver, c’est aussi l’occasion de voir une faune qui se cache plus l’été, probablement en raison de la fréquentation touristique. C’est ainsi que j’ai vu à plusieurs reprises des aigles pêcheurs attendant fièrement leur proie au bord des fjords, des rennes sur la plage, ou encore des élans en bord de route, pas du tout gênés par ma présence.

Elans en bord de route
Et un renne sur la plage

Mais j’ai aussi passé pas mal de temps à simplement profiter du paysage, au chaud dans ma voiture, avec un bon bouquin, un plaid et une boisson chaude !

Traversée de l’archipel des Vesterålen 

En remontant depuis les îles Lofoten vers les îles Vesterålen, la température a subitement pris 10°C supplémentaires, tandis que les touristes se faisaient de nouveau plus rares. Un contraste assez déstabilisant après plusieurs semaines passées dans des températures largement négatives, et qui ne correspondait pas vraiment à l’hiver arctique que j’étais venue chercher. Et même si, quand on dort dans sa voiture, il est plus agréable de ne pas se réveiller avec des températures négatives, ce n’est pas vraiment souhaitable au cœur de l’hiver scandinave. 

les couleurs hivernales peuvent parfois être incroyables

J’ai fait quelques promenades, toujours équipée de crampons voire de raquettes. Les randonnées sont souvent très techniques. Les Norvégiens sont très adeptes des sports outdoor qu’ils pratiquent en autonomie et quand la randonnée est indiquée de niveau « moyen », il faut comprendre « difficile ». Alors il m’est souvent arrivé de faire demi-tour à mi-chemin, considérant que la descente serait trop technique pour moi. 

Randonnée sur l’ile d’Harstad, en plus des crampons j’aurais pu utilement m’équiper de bâtons.

J’espérais aussi profiter de mon voyage en Norvège pour découvrir le ski de randonnée, mais les Norvégiens sont tous équipés et autonomes, et je n’ai pas su où m’adresser pour louer du matériel et faire une initiation encadrée par un professionnel. Ça restera un petit regret de ce voyage. 

J’ai ainsi poursuivi ma route d’île en île au cœur des Vesterålen en alternant les journées de voiture, les pauses dans les villages de pêcheurs typiques et les journées de randonnée, jusqu’à rejoindre tranquillement Tromsø, capitale touristique du nord de la Norvège.

Hillesoy

À la recherche des aurores boréales 

Après plusieurs tentatives, quelques réussites et pas mal d’attente, j’ai essayé de comprendre un peu mieux comment fonctionnaient ces phénomènes si imprévisibles. L’application que j’avais téléchargée pour savoir quand et où les observer n’était pas limpide, alors j’ai essayé de me renseigner pour comprendre comment maximiser mes chances d’en voir. 

La première chose à faire est de monter vers le nord : pas trop, mais suffisamment pour être dans la zone où elles se manifestent le plus souvent. La région de Tromsø en Norvège est ainsi réputée pour être à la latitude où elles sont le plus souvent observées. 

La seconde condition pour avoir la chance d’observer des aurores boréales est de choisir la bonne période, c’est-à-dire l’hiver, lorsqu’il fait nuit dans cette zone, car s’il ne fait pas nuit, il n’y a aucune chance de percevoir l’activité magnétique, même si elle est présente.

La troisième condition, c’est qu’il fasse beau. En effet, si le ciel n’est pas parfaitement dégagé, il n’est pas possible de voir l’activité dans le ciel. Mais aussi idéalement il faut se trouver dans un site dépourvu de pollution lumineuse, donc s’éloigner au maximum des grands centres urbains. 

Pour observer des aurores, il faut aussi avoir de la patience. Il faut parfois attendre des heures avant d’en voir en fonction des conditions, c’est-à-dire de l’indice KP et de la météo. 

Une fois ces conditions réunies, il faut télécharger la bonne application qui vous avertit des probabilités de voir une aurore. J’avais choisi Aurora Forecast, souvent recommandée pour ce type d’observation. En pratique, ces applications croisent plusieurs données : l’indice KP, qui mesure l’intensité de l’activité géomagnétique et donc les chances de voir une aurore plus ou moins marquée, avec les prévisions météo. Elles fournissent ainsi un pourcentage de probabilité d’observation. Mais parfois l’indice est élevé et le pourcentage faible, ou inversement, tandis que la couverture nuageuse réduit à néant toute chance d’observation. C’est resté assez mystérieux pour moi. Mais ce que j’ai compris, c’est que même avec des indicateurs favorables, rien n’est garanti, ce qui explique en partie la part de frustration… et de magie, quand une aurore finit par apparaître.

Des tour-opérateurs proposent des excursions en soirée pour partir à la chasse aux aurores boréales. Ils ont des guides bien formés, ils connaissent les sites isolés de toute pollution lumineuse et ils communiquent entre eux pour savoir qui a vu une aurore et où. Si je n’avais pas eu la chance de pouvoir en observer par moi-même et surtout si je n’étais pas restée aussi longtemps dans une zone propice aux observations, j’aurais sans doute rejoint un groupe.

J’ai aussi pris le temps de me renseigner un peu sur les possibilités de capter des images avec un iPhone. Idéalement il faut un appareil photo permettant de régler l’ouverture et le temps de pose, posé sur un trépied. Mais la magie de la technologie permet même aux détenteurs de smartphone de faire des images grâce à des applications dédiées. Et c’est ainsi, après une première expérience peu concluante, qu’à l’aide d’un mini-trépied et de l’application NightCap qui capture le ciel en mode time-lapse, j’ai réussi à capter les mouvements d’une belle aurore.

Instant suspendu

Parfois aussi il faut miser sur la chance. Ainsi, un soir, alors que je roulais dans la campagne norvégienne à la recherche d’un spot pour dormir, je vois un homme debout à côté de sa voiture observer le ciel. Mon application ne m’ayant pas alertée, je n’ai même pas pensé à regarder ce qu’il observait. Mais quelques minutes plus tard, alors que je manœuvrais pour mettre ma voiture à plat pour la nuit, j’ai pu observer la plus belle des aurores que j’ai eu la chance de voir cet hiver.

Et la suite…

C’est avec ces images merveilleuses plein les yeux, qui resteront longtemps gravées dans ma mémoire, que j’ai finalement rejoint Tromsø pour prendre un avion vers une nouvelle aventure. Direction le Spitzberg, la plus grande île de l’archipel du Svalbard, située à mi-chemin entre la Norvège et le pôle Nord, entre la mer du Groenland et la mer de Barents.

En vol vers une belle découverte !

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